Développé avec Berta.me

  1. «Ce qui est fou, ce n’est pas moi,
    c’est le monde.
    Voilà, bien.
    À un point donné, le monde que
    je connaissais a disparu, ou bien
    s’est retiré, remplacé par un autre.
    Comme s’il avait été aiguillé ailleurs.
    En somme, la conscience qui est la
    mienne en ce moment appartient à
    celle du monde originel, lequel,
    cependant, a déjà cédé sa place à
    un autre. Les altérations qui ont eu
    lieu sont pour l’instant limitées. La
    plus grande part de ce nouveau
    monde a été détournée telle quelle
    du monde originel que je connaissais.
    Elle ne me porte donc pas vraiment
    préjudice (jusqu’ici, presque pas) dans
     mon quotidien. Pourtant cette
    «part modifiée» aura comme conséquence
    de faire surgir de plus en plus d’écarts
    importants dans mon environnement.
    Les erreurs iront progressivement en
    s’amplifiant, et, selon les cas, ruineront
    la logique de mes actes et me feront
    peut être commettre une faute mortelle.
    Si cela arrivait, cela serait pour moi,
    littéralement, fatal.
    Parallel world.»

    Haruki Murakami, 1Q84 Avril-Juin,
    Éditions Belfond, p193.

    .

  2. Faire un travail sur Oriol, mon grand-père.
    Lui par rapport à moi. Moi par rapport à lui.
    Il a 89 ans, ça fait 66 ans qu’il habite en France.
    J’ai 23 ans, l’âge qu’il avait quand il a fui Barcelone.
    Ma grand-mère est morte il y a 5 ans.
    Il y a 5 ans j’ai moi aussi commencé à vivre seule.
    Nos deux vies en parallèle ne font qu’un seul récit.
    Son histoire et la mienne se confondent.
    Son passé et mon présent.